Les anxieux, experts en temps de crise ?

Être impuissant-e en situation de crise, c’est pas très pratique.

Mais quand tu fais partie de ces perpétuels abonnés au doute, que l’hypervigilance et l’anxiété sont tes potes les plus fidèles… Maintenant que tout le monde se stresse la moule au quotidien, te voilà up-gradé au rang d’expert-e !!

Vous m’avez vue venir : je rebondis sur la situation et… je prêche pour ma paroisse ! (un peu comme tout le monde en ce moment d’ailleurs).

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Émerveillons-nous ? C’est aussi de la résistance.

Ces femmes qui ont tracé la route

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Levons le nez de nos coronactualités. J’ai un hommage à faire : En Février, Bretecher décède, et laisse petits et grands dessinateurs tout penauds.

A l’époque, j’effectue une (re)plongée émue dans les Agrippine dispos en rayon au salon. Dense, efficace, sans pitié mais pas sans poésie. Une répartie défiant les lois de l’apesanteur.

Ça ne loupe pas, le style infuse, les gros nez me font de l’oeil. Sur fond d’émissions de France Culture Bretecher – point à la ligne, mon dessin s’Agrippine un peu…

Je ne peux pas ne pas penser à ma grand mère, une fusée un peu dans le même modèle. L’écriture efficace, caustique, politique. Elle vous met dans sa poche de baroudeuse, entre deux critiques de films; des billets de blogs, l’Afrique de l’Ouest, Valparaiso, Chili, Cartagena, Colombie, le chemin de St Jacques comme respiration.

Je vous recommande et vous avise, lisez-la, mais ne venez pas rouspéter que ça vous démange du sac à dos après ! En plein confinement, c’est ma boite à Pandore d’envies de voyages, ça sent bon les embruns et le port de pèche dans le salon…

Son blog : Michèle Solle – Chroniques abonnez vous ?

Je vous embrasse, femmes qui tracent les routes, et vous qui lisez ici.

Les non-humains nous parlent du sol !

Jour 8 ou 9 de confinement, je fais du rattrapage : je ne vous avais pas montré mes illus pour la newsletter Semo de l’hiver !! alors que j’en suis si fière 🙂

Le titreétait : Manifeste pour la protection des sols !

Les sols, ces écosystèmes si brillants.  Le saviez vous ? La terre, le sol qui est notre trésor sur Terre, est en fait du CACA DE VER DE TERRE ! Dans son ventre, les bactéries associent humus (matière organique décomposée) et argiles (matière minérale) pour former le si précieux complexe argilo-humique, aux propriétés permettant aux plantes de pousser et au monde de manger. Merci le sol. Merci les vers de terre, je vous aime.

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j’adore dessiner les non-humains en débat avec les humains ❤

Ce dessin ci dessous illustrait l’interview d’une maraîchère en périurbain qui explique la nécessité de limiter l’étalement urbain et de protéger les terres agricoles. On parle même de ceinture nourricière parfois.

J’ai changé récemment le texte de ce dessin, pour sortir de l’idée que la ceinture nourricière est la solution, mais pour apporter quelques unes des questions qui se posent.

Peut on nourrir une ville réellement avec ses maraichers ? Avec le système alimentaire actuel ? Avec les régime alimentaire actuel ?

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pour voir l’ancien texte, go sur leur site !

Ça vous titille tout ça ? Je vous recommande

L’article : « L’idée de nourrir les métropoles grâce aux ceintures vertes est une illusion ! » – Sabine Barles, professeure en urbanisme et aménagement à l’Université Paris 1 Panthéon/Sorbonne

La vidéo si pédagogique et riche de Bourguignon. Claude et Lydia Bourguignon, pape et papesse des sols.

Vous m’en direz des nouvelles, LA BISE.

Jour 4, lever le nez ?

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Parce qu’en nous ramenant à nos conditions matérielles, le confinement fait exploser les injustices de classes.

Et parce qu’ils y en a qui aimeraient bien, être confiné-es ! « Pendant que les cadres sont en télétravail, les ouvriers, les gens du bas n’ont qu’à aller mourir. » – La Relève et la Peste

Sans compter tout ce monde qui va salement cartonner : travailleuses, travailleurs du sexe, les professions du spectacle vivant, les auteures et auteurs, la presse écrite, les parents qui se chargent de leurs enfants et doivent travailler en plus, le intédendant-es, les intérimaires, les assistantes maternelles, les caissières et caissiers, les personnes dans les familles desquelles il y a de la violence, les migrant-e-s les personnes isolées, les sans abris, les personnes souffrant de troubles psychiques, les soignant-e-s of course. Et au delà de la France, les témoignages venus de pays dans lesquels le confinement est difficilement mis en pratique.

#Coronaluttedesclasses

Edito :

Sur instagram ce post a suscité des réactions de colères « quoi on peut plus exprimer ce qu’on ressent ?? »

Attention, ce post n’a rien de prescriptif au delà du simple et bien connu « check tes privilèges ». Je recommande dans ma réflexion féministe aux mecs de checker leurs privilèges, principalement en écoutant les témoignages des personnes qui ont un quotidien différent du leur. Il serait malvenu de ma part de ne pas faire de même pour toutes les inégalités dont je bénéficie (racisme, classe sociale,…).

Comprendre qu’on est privilégié est une chose, ensuite, on se dépatouille chacun avec la mise en cohérence de notre prise de conscience et de nos actes.

Ce constat n’empêche pas qu’on crée, qu’on raconte, qu’on ne fasse rien bref qu’on métabolise l’expérience. L’enjeu de cette production potentiellement artistique est « quel espace médiatique occupe t elle ? », « au détriment de quelque chose d’autre ? », « Quel est son effet ? »

On pourrait souhaiter que plus d’espace médiatique soit donné aux revendications de l’hôpital public, des associations…

Face aux pandémies, éduquons à l’écologie

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La nouvelle lettre de la saison de Semo est arrivée dans nos boites mails hier.

Mes dessins dedans.

On y parle d’éducation alimentaire, et de ce que cette crise nous enseigne sur la nécessité de penser la résilience.

« Face aux pandémies, éduquons à l’écologie ! Si crise aggravée il survient, nos territoires seraient-ils capables de nous nourrir ? La réponse est NON ! »

A cette lecture vous vous demandez comment agir, petit-e citoyen-ne ? Je vous propose une idée : rendez vous sur SOS Maires. Le site d’un regroupement de citoyens et élus qui raconte comment secouer nos élus locaux pour les faire investir la marge de manœuvre qu’ils ont face aux enjeux environnementaux. Bon courage 🙂

Hors de soi

TW : Attention, ce post aborde les sujets d’abus sexuels et de violences.

L’idée qui m’intéresse ici est de considérer la responsabilité collective, de sortir de cette croyance que « c’est ailleurs » vis à vis de cette question du viol. Et même, de dépasser cette unique question, de l’élargir. Parce qu’en prenant la mesure collective de notre responsabilité, on découvre qu’il s’agit de penser toutes les intrusions, instrumentalisations, oppressions, sur des humains et des non-humains. 

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Cérémonie des Césars vendredi, humiliation publique des victimes d’abus sexuels. Despentes a raison dans sa tribune à chaud dans Libé, on est humilié-e-s par procuration.

On a vu les infos, je suis choquée, vous êtes choqués, c’est bien.

Mais nous n’allons pas geindre de concert sur ces méchants, d’ailleurs je déteste parler de viol. Ça me dégoute, ça me colle à la peau, ça m’humilie, je n’en dors pas, c’est insupportable. Tâchons donc d’être efficaces :

Je nous entends : « C’est moche le monde du cinéma. C’est moche les violeurs. »

Pourtant, je suis désolée, les violeurs sont aussi de ce coté-ci de l’écran. Les violeurs, peuvent être nous. Il est temps de se regarder et de se poser une seule question :

Pourquoi viole-t-on ?

Parce qu’on le peut.

C’est tout.

On le peut, du verbe « pouvoir ».

Pourquoi j’ai entendu cette dizaine de témoignages de femmes (et d’homme) qui ont été violé-e-s dans mon entourage proche ?

Parce que les abuseurs, violeurs le pouvaient. Ils étaient leurs proches, leurs oncles, leurs chefs, leurs profs, leurs amis, leurs cousins, et leurs copains, leurs conjointes. Et rien ne les a empêché, structurellement, d’abuser. Au contraire : aliénation, peur, méconnaissance, culpabilisation, silence, toute la culture du viol qui est la notre, tout ceci a savonné la planche du pouvoir jusqu’au viol.

Ce n’est pas que le pouvoir est le seul facteur, mais c’est la condition sinequanone, première, que je veux traiter spécifiquement ici.

Effectivement, on l’a vérifié, ces personnes ne payent pas de prix pour ces agissements. Ni de prix social, ni de prix judiciaire. Au contraire elles en gagnent, apparemment, des prix.

Et ce fonctionnement dépasse largement la mécanique du viol. Il en est de même avec toutes les formes d’oppression.

Pourquoi j’ai cet ami, harcelé au travail, humilié ? Parce que son chef le peut. Rien ne l’en empêche structurellement.

Pourquoi exploite-t-on les autres humains, les animaux, les ressources naturelles ? Parce qu’on a assez de pouvoir pour ne pas payer de prix. On a même assez de pouvoir pour ne pas se rendre compte que l’on exploite lorsque nos bureaux sont propres mystérieusement le matin, lorsqu’on achète un smartphone,…

C’est le pire, c’est que toutes ces personnes, ces abuseurs, nous parfois, nous ne nous rendons pas compte . Nous ne savons pas ce que nous faisons. Quand nous userons de notre pouvoir demain, aucune alarme de sonnera. Rien ne viendra nous dire « tu violes, tu dépasses la limite du consentement, tu uses de ton privilège de dominant pour oppressé, cet acte est raciste, sexiste, homophobe… ». Il faudra nous le dire nous-même.

Je suis aujourd’hui convaincue qu’il faut faire l’état des lieux des pouvoirs qu’on a, et  de sur qui on les as. Les lister. Et regarder ce qu’on fait de ce pouvoir. Plus on a de pouvoir plus on doit répéter l’exercice souvent. 

Je pense que tant qu’on n’a pas mené cette réflexion sur soi, tant qu’on croit que c’est ailleurs, j’aurai raison d’avoir peur pour toutes ces personnes sur qui d’autres personnes ont du pouvoir, quelque soit la manifestation de ce pouvoir.

Je ne veux pas donner de leçon, je patauge dans mes contradictions, dans la difficultés à m’extraire des privilèges confortables que le système me donne.

Merci d’avoir lu, je vous souhaite bien du courage. J’ai conscience d’avoir rajouté du bruit au bruit : j’essayais de me sentir un peu moins impuissante face à ces rouages énormes, pour pouvoir dormir au lieu de ruminer.

J’y vais d’ailleurs.

Parle à ton (clito) voisin

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Bonne Saint-Valentin mes lépidoptères adorés.

Info 1 : Pour la fêtes du love, je vote pour qu’on instaure une CAUSERIE avec les clitos de notre entourage, le notre, le sien, les leurs…

Info 2 : Vous connaissez Odile Fillod ? Meuf SI CLASSE qui a inventé une impression 3D du clito pour qu’on capte que ce n’est pas en forme de poids chiche, qui a demandé qu’on informe le PEUPLE que le clito mesure 10 cm de long, qu’il a des bras, des jambes, des opinions politiques, qu’il est similaire au pénis dans son origine embryonnaire et dans sa structure, qu’il a des érections, que le plaisir par pénétration du vagin est créé par le clito dont les jambes l’enserrent, mais que vraiment, il y a pas que ça dans la vie, que l’éducation sexuelle est lacunaire, qu’aucun manuel ne le présentait correctement avant 2017. Va signer la pétition à 74 000 personnes sur ce sujet, vite vite !

Je prends part à cette chevauchée scientifique ébouriffante en vous informant que les clitos vont au cinéma, et eux aussi se prennent à rêver parfois qu’ils sont sur le grand écran. De rien.

Si vous aussi, vous avez des histoires de clito que vous aimeriez voir dessinées, n’hésitez pas à m’écrire !

Remember : l’intime est politique, faire ce que tu veux de ta sexualité ou prendre ton pied avec ton clito est hautement classé dans les actes de résistance au patriarcat-rouillé. Partager mon blog à tes potes est juste après dans les actions stylées.

Love sur vous.

 

 

Le monde obscur (et nouveau) des pros.

Rappel de l’épisode précédent : Il y a presque un mois, j’étais en route pour la première réunion de mission du premier jour du premier travail de ma vie. Je claquais des dents de trouille, il semble que tout allait déjà bien mais personne de s’en doutait puisqu’on s’en est sorti. Petit rapport d’étonnement :

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In fine, sont laissées en suspens de nombreuses questions orphelines; mais de la ligne de crête du propos se dégage tout de même néanmoins un net hiatus incantatoire impensé entre ce qui semble prioritaire et ce qui est présenté comme tel. Prout prout prout… !

Cela fait donc presque un mois que je joue à la bébé-consultante-transition : je rêve d’acronymes, j’angoisse de pas faire assez bien, j’ai déjà pleuré au travail en débordement-hypersensible, on a parlé avec mon chef d’installer un baignoire dans les bureaux pour que ça soit cool de travailler quand j’ai les règles et que je décède sur place (c’était pas sérieux je crois, il va nous manquer la compétence plomberie..). Autant dire que tout va bien.

CEPENDANT,

La panthère en peluche que vous voyez dans la BD s’appelle Bagheera, du Livre de la jungle. C’est une panthère noire, mais j’avais la flemme de colorier. Il vous faut imaginer un peu. Je l’ai depuis toute ma vie.

Il y a bien plus grave que ces mœurs d’adultes qui jouent aux tribus façon Pourquoi j’ai mangé mon père, il y a le risque que ça nous demande assez d’énergie et d’esprit pour nous donner l’impression d’avoir fait de notre mieux, d’avoir assez agi pour ce qu’on défend. Je regarde sur internet comment vont les panthères noires, Google a développé un genre de panneau d’affichage Statut de l’espèce : « pas éteinte ». Il me semble lire « pas encore éteinte ».

Ce ne sont pas les acronymes qui menacent le regard d’enfant émerveillé sur le monde – on va les mater les acronymes ! – c’est plus cet état de deuil permanent, ravivé, violence sociale après violence sociale, extinction après extinction, sans abri après sans abri, nécessité de compétitivité après nécessité de compétitivité.

La bise, prenez soin de vous!

PS: je n’ai pas oublié que j’ai ma BD sur l’hypersensibilité, Trop facile d’en faire une force, dans les tiroirs, prête à être dégainée !

Comment moucher papi à Noël ?

Si jamais la conversation tournait à l’orage ce soir, il vous faut un kit de survie.

Il y a tant de possibilités, ça semble statistiquement inévitable : féminisme, grèves, immigration, environnement, véganisme, lgbtqiaa+phobie… On va nécessairement vous faire chier.

Avec mon copain de toujours, Yohan, on a souvent (très souvent?) tenu les positions les plus militantes pendant les débats houleux des repas de familles. Nous avons avalé des grosses couleuvres, et surtout, nous avons souvent été frustré·e·s de ne pas avoir trouvé le mot juste pour au moins décrire nos positions, si ce n’est convaincre nos interlocuteurs·trices…

Nous avons compilé pour vous nos tactiques dans cet article. Lisez ça pendant l’apéro en douce, et bonne chance !

NB : On a pensé aux débats liés au féminisme mais certains conseils sont HAUTEMENT transposables.

Première grosse étape non négligeable : le diagnostic

Avant d’allumer tous ses réacteurs dès la première phrase (« quelqu’un a vu le dernier Polanski ? », « les migrants qui savent jouer au foot ok, mais les autres… »), posez vous ces 5 questions. (SPOILER : C’EST POUR VOTRE BIEN)

  1. Est ce que cette personne j’ai vraiment envie qu’elle entende ma position ?
  2. Est-ce qu’elle est en situation d’écouter ? Parfois on échange avec des personnes en train de performer un rôle dans un groupe social. Par exemple une personne qui invite chez lui/elle ses frères et soeurs, souhaite peut être faire bonne impression, ne pas être mis en défaut… par exemple un Pater Familias en force. Bouché. Sourd ou équivalent il sera.
  3. Si non, Est ce qu’il y a quelqu’un dans l’audience qui a besoin de l’entendre ? Par exemple cette ado qui a l’air d’entendre une myriade de phrases sexistes à la semaine…
  4. Quelles sont mes forces alliées ? Si vous avez un complice, vous avez de bonne chance d’être entendu, soutenu. (Et si vous êtes dans un sujet féministe, en équipe mixte vous défoncez tout, en rebondissant, vous pétez l’opposition mec/meuf)
  5. Est ce que je suis en état ? Est ce que j’ai l’énergie ? Les arguments ?

En fait, je me pose la question de la balance bénéfice coût. Parfois on ne peut pas savoir vraiment mais parfois on fonce alors qu’on est crevé·e et en minorité, et qu’on a déjà fait le deuil de se faire entendre auprès de ces personnes. Dans ces cas là, relax. On a le droit de laisser pisser. On peut se défouler en twittant les commentaires les plus croustillants par exemple, en lâchant un petit mot à la fin qui reste fidèle à vos positions.

Si on se lance dans l’arène, comment on survit ?

Ça y est, la pente est savonnée, le feu est ouvert, l’Ambassadeur de l’Empire Austro-Hongois a eu le mauvais goût de se faire assassiner, on est tipar.

Petite série de techniques de la mort pour survivre et peut être SORTIR VICTORIEUSE·eux des champs de batailles-débats-arrosés-repas-à-rallonge :

En gros, ce qui est énervant c’est quand tu sens que t’as un avis que tu sais être construit mais que sur le moment tu ne sais pas le défendre. Fait en sorte de vivre le moins souvent possible cette situation. Calibre tes interventions à la situation.

Préparation préalable : TOUT VA MIEUX dans ma vie de militante depuis que je me rappelle qu’il ne faut pas s’attendre à ce que les gens avec qui on débat changent d’avis pendant le temps de la conversation. Ça peut arriver mais c’est assez RARISSIME pour ne pas s’y attendre. Comme ça, on s’arrête avant d’être épuisé·e. Les gens auront entendu votre discours, et que ça fera son chemin plus tard, la nuit, sous la douche… aie confiaaance !

Autre préparation : Anticipe ! Note toi une ou deux données avant de prendre la parole, avec la source. Les noms propres clouent le bec aux gens. « une étude de l’INSEE de 2008 montre que les femmes passent toujours 1 à 2 heures de plus par jour aux tâches ménagères ». ET BOUM !!!

La technique du ricochet : Ne pas réagir sur le coup (cf le pater familais). Ensuite, au moment de couper de fromage dans la cuisine, en tête à tête, c’est plus facile de placer un petit mot, de dire qu’on a été un peu choqué quand même par cette sortie raciste. Que ça nous serait agréable de ne plus entendre ce genre de choses huu. La personne n’aura pas autant de difficulté à écouter (j’espère).

La technique interne du « OK Boomer«  : se rappeler que les vieux cons vont bientôt crever avec leurs idées arrièrées, donc la cible ce sont les jeunes. Ça permet de se détendre un peu.

Argument généraliste pour calmer les ardeurs des je-sais-tout-sans-rien-avoir-lu-à-ce-sujet :

« Le fait que ça soit un sujet de société donne l’impression que tous les avis se valent. Mais il y a des gens qui font des études à ces sujets, en sociologie, en gender studies par exemple. Si on se mettait à débattre de biologie, pour savoir si cette réaction est réelle ou fausse, toi qui est biologiste tu nous dirais de nous calmer. Ben là c’est pareil. On peut parler de ce qu’on ressent chacun vis à vis du sujet plutôt. »

Tips de réthorique : Ta force de conviction résidera dans la clarté et la simplicité de ton argument. Les punchline quoi. Les gens vont pas t’aider si tu es trop long à sortir ton idée. Ça se joue quasiment que sur la forme. Si tu peux être calme et court voir comique c’est parfait.

Tips de réthorique 2 : Utilise des exemples que tu as vécu toi. Ou proche de toi (par exemple si t’es un mec au sujet du féminisme). Ça calme le jeu, et surtout c’est l’occasion de mobiliser l’empathie de tout le monde, de recentrer le débat sur les gens qui parlent.

PETIT WARNING : Attention à ne pas prendre l’espace social des personnes concernées en voulant les défendre. Quand t’es un mec tu peux parler de toi. Tu peux dire « je souffre de la pression à performer une masculinité stéréotypée mais je sais que c’est pas la même gravité que la violence financière, physique, émotionnelle que vivent les femmes ».

Technique de reformulation : Reformuler ce qu’a dit l’autre, pour lui rendre la responsabilité de son propos, et le faire confirmer l’horreur qu’il vient de sortir.

Technique de l’approbation en chaine : (technique sournoise, issue d’une GRANDE EXPÉRIENCE militante mes petits chats)Solliciter les lieux communs. Commencer par dire un gros propos ou les gens disent oui. Par exemple « on est d’accord que les médias cherchent à faire de l’audience au maximum. » les gens disent oui. « Ben c’est exactement pareil pour les féminismes, les médias le traitent aussi mal que le reste, portent une image tronquée, simplifiée. Je crois qu’on est assez malin ici pour ne pas en faire notre seule source d’information à ce sujet. » Ça tombe sous le sens soudainement.

La technique de la conclusion : (J’ai vu faire ça en réunion pro, abusé…) Laisser parler. Ne pas trop prendre la parole, et être synthétique en clôture. Faire une conclusion (même si elle n’est pas trop en rapport avec le reste).. et BOUM !

Et si tout le monde s’engueule sur un sujet féministe que vous voulez défendre ?

 

MEME 2

>> Meme de @memepourcoolkidsfeministes

Petits arguments spéciaux pour toi qui est dans une tempête sur le sexisme, sur #metoo, sur les féminazis ou autres…

L’argument naturaliste : « Les hommes et les femmes sont différents naturellement, et leur rôles sont différents en logique ».

Ma réponse habituelle : Le fonctionnement du sexisme et de toute oppression est « la naturalisation d’une construction sociale ». Cets à dire nous faire croire que quelque chose qu’on a construit est naturel. Par exemple le racisme. Pour justifier l’esclavage et le racisme on faisait croire aux gens que les races existaient, que les blancs étaient supérieurs aux noirs.

L’argument « on peut plus draguer »

Réponse de Yohan : « Mais vous draguez comment ? – Jouer l’étonnement à fond.- Draguer c’est dans le consentement mutuel. La technique c’est des kaplas, chacun pose un Kapla à son tour, et la tour se construit. Ce n’est pas au mec de construire la tour tout seul. Si la personne ne fait pas le geste suivant, c’est un non. Le consentement vient de laisser de la place à l’autre de dire non. Si la personne est sous pression, elle peut pas dire non sereinement.

C’est pas que les gens sont méchants, il y a un malentendu, on peut se mettre au point très vite. On peut changer très vite. « moi le non des filles ça voulait dire oui pendant tellement longtemps. On me l’a martelé dans tous les films, séries… ». Voilà un témoignage masculin.

« L’égalité est déjà acquise »

Réponse de tout le monde : Légalement ok, mais c’est la question de l’application. Exemple l’évolution de carrière est asymétrique. Au départ même salaire, mais ensuite à la fréquence de l’augmentation, on voit que les femmes vont moins vite.

« les féministes sont violentes, radicales, elles veulent ci ça… »

Ma réponse habituelle : il n’y a pas de diplôme pour être féministe ! Tout le monde peut se réclamer féministe. Donc pas de généralisation. Et le traitement des médias est généralisant…

« On va vers une dictature des femmes !! »

Redifinir de quoi on parle « le féminisme on parle d’atteindre l’égalité réelle des droits » et les hommes ont beaucoup à gagner à sortir de cette répartition des stéréotypes.

« Vous êtes pour la justice. Donc vous êtes déjà pour l’égalité femme homme. »

Punchline. Et BOUM !!!

Bon, il y a surement mille autres techniques, partagez vous les vôtres. Et surtout, n’oubliez pas, les vidéos de chaton, ça calme toutes les colères du monde, c’est chimique. Endorphine dans ton cerveau = bien mieux apprécier le dessert. Courage et amour sur vous.

Yohan et Mathilde

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Tenaces en grève !

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Vous auriez bien besoin d’une petite mise à jour sur le pourquoi cette réforme déclenche ce mouvement de grève ? allez lire la BD de Emma : C’est quand qu’on arrête ? c’est efficace et pédagogique !

Autre ressource simple-efficace : La chronique de 10 minutes du Média pour comprendre le traitement médiatique et pouvoir participer aux conversations du repas de Noël.

Courage et soutien à toutes les personnes qui tiennent bon en grève et à toutes les personnes qui galèrent.

Les règles, ça se règle ?

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Le congé menstruel (ça existe comme nom) est en débat. « Oui c’est important », « non ça va discriminer les personnes qui portent un utérus et qui ont des menstruations ».

Dans la même catégorie de sujets militants : les protections hygiéniques !! Nécessité de détaxer (entre autres mesures) pour que ça ne soit pas du luxe mais un produit de première nécessité. La précarité menstruelle ça existe aussi, au delà du concept. Et règlementer pour que ça ne soit plus possible de coller du chlore dans nos muqueuses.

N’hésitez pas à aller voir cet article : Précarité menstruelle : combien coûtent les règles dans la vie d’une femme ? – Les décodeurs du Monde

 

Cuite sociale

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Dimanche matin dans un café-bistrot parisien, verres de blanc au comptoir, « remets m’en un » 🍷, éclats de voix, on se connaît bien, l’ambiance est chaleureuse, la télé en fond.

Je ne crois pas avoir entendu dans un seul media un peu large spectre que la violence venait des CRS, je tiens à « rassurer ». Je suis restée coi et sur les fesses, de surprise. à la fois pas d’accord, et à la fois empathique avec le patron qui s’inquiétait pour son bistro et sa vitrine. Bon alors j’ai capturé le moment.

Je vous ressors ce qu’on m’avait expliqué une fois à propos de la violence : il y a 3 sortes de violences, la violence du système, la violence qui s’y oppose et la violence qui réprime celle qui s’oppose.

🗓️ prochaines manifs :

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire » : guide d’autodéfense psychologique

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Voilà la lettre que j’aurais aimé qu’on m’écrive quand je me faisais harceler à l’école par mes « copines ». Je la certifie valable pour toute forme de harcèlement, humiliation, violence verbale, au travail, à l’école, en famille, à la maison, en couple ou entre ami·e·s.

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire », ne les croyez pas.

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire », opposez-vous, ne serait-ce que mentalement, il en va de votre survie d’être humain.

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire », on vous ment. Dire « c’est pour rire » c’est nier le contrat implicite de la sémantique (sémantique = « sens ») : derrière chaque mot il y a un sens. Pourquoi parlons nous la même langue ? C’est que nous sommes relié·e·s par un contrat concernant le sens des mots. Le contrat dit « ce mot possède cette signification ». Tu adhères à ce contrat ? alors nous parlons la même langue, nous sommes donc en lien par le langage. Ce mot est une insulte, ce mot là n’en n’est pas une, c’est dans le contrat. Le langage est une forme de relation.

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire », on se permet de vous faire croire que le contrat est différent, ici et maintenant, avec ces personnes là. « cette insulte n’est en fait pas une insulte ». On vous dit que vous avez tort de croire ce qui est écrit dans le contrat. Or le contrat, et donc la relation aux autres humains et à nous même. Si l’on rompt le contrat, on rompt la relation. C’est donc qu’on vous retire la considération qu’on doit à un humain. On vous dit « vous ne valez pas que je respecte le contrat avec vous ». Tout en vous forçant à croire que c’est normal en disant « c’est pour rire ». C’est de la maltraitance.

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire », vous êtes probablement dans un piège. C’est du chantage : « soit tu ris avec moi et tu es dans mon groupe, soit tu t’opposes et on va probablement te traiter de rabat joie, te dire que tu nuis au groupe ». Reconnaissez le chantage. Le chantage est une maltraitance.

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire » et que vous les croyez, méfiez vous. Vous pourriez rire. Vous pourriez vous dire « ça ne me vexe pas, il ne faut pas le prendre au sérieux ». Vous pourriez même trouver ça tellement « pour rire » que vous en viendriez à vous insulter vous même plus tard. Pour rire avec les autres.

J’ai un exemple d’un garçon dans mon lycée qui jouait à se traiter lui même de « sale voleur d’arabe ». Et ça faisait rire le groupe. Quand je me suis interposée, on m’a dit que j’étais ennuyeuse, que c’était lui même qui riait.

Pourquoi faisait il cela ? Pourquoi feriez vous cela, vous insulter ? Parce que le rire inclus. Le rire sert à appartenir au groupe. Et en riant aux insultes qu’on vous fait, vous faites partie. Or rien de plus rassurant que de faire partie du groupe. Accepte d’être maltraité, et de trouver ça normal, et tu appartiendras à mon groupe. Et quel prix on paye pour ça ? L’insulte viendra dans votre esprit se loger. Se normaliser. On paye le prix de l’intégrité morale (= le respect de notre personne morale). On paye le prix de rajouter de la violence dans l’espace commun. On prépare le terreau qui normalise la violence morale. Et donc ensuite la violence physique.

Dans mon école d’ingénieur·e·s, j’ai l’exemple de personnes qui avaient même créé un groupe facebook pour pouvoir faire de l' »humour libre » tranquille. (Entendez « humour insultant »).

Ce n’est pas facile de s’opposer. Mais on peut le faire dans sa tête pour commencer. Se formuler « Ce n’est pas normal, je ne devrais pas être insulté·e ». C’est se donner à soi la reconnaissance d’humain à humain, c’est très puissant. Les personnes qui ont été maltraitées longtemps sauront vous dire comme c’est un pas incroyable ce moment où l’on reconnait ce qui nous est arrivé, où l’on se dit à soi même : « ce n’est pas normal ». A un·e ami·e, on le dirait instantanément « ce n’est pas normal ». À c’est plus dur parfois.

Si l’on vous insulte puis qu’on vous dit « c’est pour rire » n’oubliez pas que vous avez du pouvoir. Votre pouvoir, en tant que récepteur·trice·s de l’insulte est de faire part aux émetteurs de votre réaction à ce message. Le nommer : « salope » est une insulte, tu m’as donc insultée. Et dire comment vous le prenez (votre ressenti) « c’est douloureux, désagréable pour moi d’entendre « salope ». Je me sens blessée« , puis votre besoin « j’ai besoin de respect » et potentiellement votre demande « je te demande de ne plus m’insulter à l’avenir ». Et vous laissez l’émetteur·trice face aux conséquences de ses actes. Plus votre réaction aura mis l’inconfort dans la situation sociale, plus elle aura d’impact. Ne cherchez pas à résoudre le conflit. Laissez le peser sur la personne qui l’a créé : l’émetteur·trice de l’insulte.

On ne peut pas ne pas communiquer. Donc ne pas réagir c’est ne pas s’opposer, c’est donc collaborer. C’est encourager la situation. Mais parfois on n’a pas le choix, on ne peut pas réagir, on est menacé·e, dans un rapport de force. Et ce n’est pas grave de ne pas réagir. Mais dans notre tête, nous sommes libres : nous pouvons nous opposer. Dire « ce n’est pas normal ».

Opposez vous, ne serait-ce que mentalement, il en va de votre survie d’être humain.

Sources (et ressources) :

1// Dans Une logique de la communication de Paul Watzlawick, Janet Bauvin et Don D Jackson, on apprend grand nombre de choses à ces sujets :

  • Les individus éprouvent leur existence à travers le fait d’être en relation.
  • Le langage est basé sur un contrat sémantique « ce mot a ce sens là »
  • Chaque parole, chaque comportement, chaque non comportement est une communication. On ne peut pas ne pas communiquer.
  • Chaque émission a des effets sur le récepteur, et la réaction du récepteur au message reçu aura des effets sur l’émetteur. Visibles ou non, mais de manière certaine.
  • Donc le langage (entendez toute forme de communication) a des conséquences réelles. Même « pour rire ».

2// Les étapes de communication sont issues de la Communication Non Violente. A lire : Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs. Ou plutôt aller en atelier autour de ces sujets. Attention contrairement à ce qu’on pourrait penser, la communication non violente permet de se positionner quand on n’est pas d’accord.

(pour les toulousain·e·s voir les fantastiques ateliers du très professionnel François Hirschowitz)

3// Pour savoir comment gérer les situations de conflits autrement qu’en se taisant, lire ou faire lire la bande dessinée Emotions, enquête et mode d’emploi.